« Une affirmation extraordinaire nécessite une preuve plus qu’ordinaire. »

Décortiquons cette rhétorique.

Bon voilà la citation qui m’a fait réagir: »Une affirmation extraordinaire demande des preuves extraordinaires. » Cette simple phrase me pose question, et c’est sur quoi, je vais tenter un humble développement.

  • 1)En quel sens, une preuve extraordinaire nécessite une preuve plus qu’ordinaire (ou « extraordinaire » selon les versions) ? Ne peut-on pas avoir une série de preuves ordinaires qui permettent de corroborer une affirmation extraordinaire ?Il y a ici une égalité qui s’effectue entre les affirmations et les preuves.En d’autres termes, doit-on avoir une égalité entre ces deux termes : affirmation et preuve ?
  • 2) .Notons aussi l’ ambiguïté du terme extraordinaire. En effet, dès le départ, il y a un biais: comment distinguer l’ordinaire de l’extra-ordinaire? Ce qui est extraordinaire pour l’un peut être piteusement ordinaire pour l’autre. Et vice-versa.

Qu’est-ce à dire ? Avec une telle citation on se retrouve avec un raisonnement qui semble logique. En effet, si nous prétendons « A » nous devons avoir en retour « B ». Autrement dit si nous lançons des affirmations extraordinaires, la moindre des choses serait de donner des preuves tout aussi solides !L’idée, c’est qu’une forme s’impose quel qu’en soit la matière. Et, s’il vous venait l’idée de bricoler des preuves avec des éléments n’ayant pas le même poids, on aurait raison de suspecter une entourloupe. D’autant plus que les opérations pour arriver à la conclusion ne seraient probablement pas rigoureuses.En dehors de cela, nous avons un raisonnement simple et efficace. Comme la plupart des outils que la zététique utilise : rasoir d’Ockham, homme de paille, etc. Cette simplicité liée à une efficacité est implacable pour déceler le faux du vrai dans la plupart des affaires traitées. Néanmoins, elle fait l’impasse d’un certain nombre d’étapes, de rigueur, de doute, de questionnement et d’argumentation . Cela parfois et souvent a leur réussite, mais il y a aussi le revers de cette facilité, celui de clôturer trop diligemment les intrigues. Nous devons constater que ce type de formulation à un usage varié. Elle peut être utilisée pour parler des OVNI , comme pour parler des esprits en passant par les complots et autres théories loufoques. C’est une phrase intéressante par sa capacité d’adaptation par rapport à différents contextes.Autrement dit, nous évoquons là son « opérationnalité » (à savoir sa capacité à répondre de façon économe et non ambiguë.)Celui qui emploie cette phrase, utilise en réalité un outil conceptuel en vue de finalité. Cependant,celui qui en est l’utilisateur est amené à compléter plus ou moins et à caractériser son usage. Nous devons aussi évoquer son utilisation. L’utilisateur en diffusant cette expression formelle, en fait la promotion. En ce sens, on peut dire qu’il y a une rhétorique à ce genre de formulation. Une rhétorique car ce genre de formulation entre en contradiction avec l’expérience immédiate. Nous devons bien reconnaître, à ce propos que c’est par ce qu’il y a une opérationnalité forte (pour résoudre expressément les sujets du paranormal) et une communication efficace ; (c’est-à-dire sa capacité à atteindre le public) ;que nous devons prendre acte de sa capacité à rendre intelligible une connaissance donnée. En l’occurrence un condensé de zététique. En ce sens, on peut dire que c’est une vulgarisation de quelques choses de plus profonde, ou du moins c’est ce que l’illusion du discours en donne.

Qu’est-ce à dire?

La première chose à dire et que ce type de raisonnement se borne à énoncer une vérité formelle. Alors que le problème est d’ordre matériel. Qu’est-ce qui est « vrai » dans la réalité ? Nous ne pouvons évidemment pas y répondre avec un raisonnement si généraliste.Ou du moins avec une formalisation aussi vague. Il est difficile distinguer les purs effets rhétoriques des raisonnements scientifiques (je vous l’accorde), mais là en l’occurrence, il n’y a pas de doute, nous avons une rhétorique en puissance.Qui prend l’habit logique pour lui donner de la prestance.

Comme le dit si bien Kant : « le critère simplement logique de la vérité, à savoir l’accord de la connaissance avec les lois universelles et formelles de l’entendement et de la raison, et donc bien la condition sine qua non et par conséquent négative de toute vérité, mais la logique ne saurait aller plus loin. »

On ne peut pas à la fois rendre compte d’une abstraction logique et de sa non-abstraction, c’est-à-dire de son objet. Pour le dire tout autrement, cette rhétorique rentre en opposition avec un « ancrage expérimental »… La meilleure façon d’interroger ce genre de pratiques rhétoriques, n’est-elle pas de partir du terrain, de l’expérience, de ce qui se produit in vivo dans nos sociétés ?La deuxième chose, c’est que les prémisses même de cette phrase sont sujet à caution. Pourquoi, doit-on avoir cette égalité avec les affirmations et les preuves ? Rien ne nous interdit de cumuler un ensemble de preuves ordinaires pour corroborer l’affirmation. Par ailleurs,notons que quand Aristote formulé des syllogismes (cf, raisonnement logique) du type : Tous les corbeaux sont des mammifères or les mammifères ont des ailes donc les corbeaux ont des ailes. Ce syllogisme est valide, la conclusion est vraie, mais les deux prémisses sont fausses.On s’aperçoit avec ce genre de syllogisme que la validité ou la cohérence du raisonnement ne suffise pas pour déterminer une vérité. N’a-t-on pas quelque chose du même ordre avec : « Une affirmation extraordinaire nécessite une preuve plus qu’ordinaire. ».Enfin nous pouvons « retourner » cette affirmation par l’absurde :Des faits moches doivent avoir des preuves moches?Enfin pour finir, je ne trouve pas que ce soit profond d’utiliser une telle expression (et j’espère ne pas être le seul). Il me semble, que c’est un pur réduit rhétorique. Il y a même une tendance à un certain relativisme qui risque à tout moment de dénaturer des propos.

Harmonica, top départ!

Allez, allez. J’inaugure une nouvelle section. Qui n’a strictement rien à voir avec les précédentes.

Pourquoi ne pas faire un peu de musique, afin de se décontracter?Notons que la musique est une aide à penser. Les sons tristes, love, grouvi, nous propulse des émotions, telle une injection d’adrénaline ou telle une bouffée d’air. La musique stimule, cela est certain me semble-t-il. Alors pourquoi ne pas causer un peu philo en jouant de la musique ou inversement ?

J’inaugure ce premier post, dédié à l’harmonica. En effet, je joue de ce petit instrument qu’on peut mettre dans une poche. On peut le transporter facilement et donc en jouer un peu partout. Bon, honnêtement ma timidité ne me permet pas d’en jouer en dehors d’un chez moi silencieux et isoler du reste de mes semblables.

Attention,  ce post est un test pour voir comment insérer des plages audio. Donc, vous ne verrez qu’un petit riff d’harmonica, retouché sur audio CC, et où j’ai clairement abusé de l’écho. J’espère cependant publier régulièrement des pistes,  sur le thème de l’harmonica.

Le minuscule riff en question!

Viser plus haut?

La philosophie permet de réfléchir sur le quotidien avant même d’être une discipline académique, les pré-philosophes balancer des débuts de raisonnement sur un peu tout et n’importe quoi. Suscitant parfois l’intérêt et le prolongement qu’on connaît. Pourquoi pas se laisser aller avec tous les codes que l’expérience scolaire donne, pour exprimer un peu notre ressenti et, ainsi nous laisser aller à des réflexions? Des réflexions basiques, crues, naïves… Ils me semblent que cela peut être intéressant. Aujourd’hui c’est une musique qui attire mon attention. Je vous laisse le lien Youtube, et je vous laisse écouter les deux couplets, un en début de musique et l’autre en fin de clip.

Si cette musique vous parle, n’hésitez pas à laisser un commentaire. Pour ma part, ma faible contribution est la suivante :

Le premier couplet de ce son ne sonne-t-il pas vrai !

Il faut viser plus haut que « ça »…

Encore faut-il savoir quoi viser… Admettons que notre volonté est d’atteindre un horizon plus haut que le simple achat d’une TV.

Une question me paraît centrale :

Comment déterminer qu’elle est la meilleure des ambitions ?

Pour  le second couplet :

« Ce que vous avez à dire sur le monde est important pour notre avenir », on retrouve là, il me semble, l’homme comme animal politique. En d’autres termes, sa place doit se trouver dans les débats  publics, dans la prise de décision, dans le gouvernement de soi et des autres…

Mais est-ce si évident d’attribuer à l’homme une nature profonde qui l’habite. Ne devrions nous pas comme Platon regarder les hommes tels qu’ils sont et non comme ils devraient être .

C’est-à-dire, parfois sans perceptive et sans grande ambition ?

Lecture de Machiavel. (Le Prince)#1

À défaut de ne pas pouvoir alimenter le blog comme je l’espérais, par manque de temps, je vous propose un travail en cours qui consiste à approfondir la lecture du prince de Machiavel. Ceci pour moi dans un but universitaire. Les notes sont « à chaud » et elles sont critiques. Cette toute première grille de lecture permet une mémorisation du livre avec un début de question philosophique. Nonobstant, les choses qui peuvent être dites ne sont pas à prendre comme référence sur l’œuvre de Machiavel.

 

Je vous laisse lire cette longue citation : «leur mal à son début est facile à soigner et difficiles à diagnostiquer et traiter, mais, avec le passage du temps, s’il n’a pas été d’abord diagnostiqué et traité, il devient facile à diagnostiquer et difficiles à soigner. Ainsi advient-t-il dans les affaires d’État ; par ce que, si on les diagnostique de loin (ce qui n’est donné qu’au sage), les maladies qui y naissent sont promptement guéries ; mais quand, pour ne pas les avoir diagnostiquées, on les laisse croître, au point que chacun les diagnostique, il n’y a plus de remède. »

On peut voir dans ce paragraphe deux angles de vue par lesquels la question du fondement (scientifique?) évoqué plus haut est absente. Le premier point sur l’analogie elle-même. Dans quelle mesure comparer la médecine et la politique est pertinent ? Le deuxième point se situe dans le contenu. Machiavel indique qu’il faut diagnostiquer les problèmes au moment où il est difficile de les analyser, de les percevoir. Certes, il est facile de soigner ou de régler les problèmes politiques à ses débuts ! Cependant, comment pouvons-nous établir le début d’un problème, le début d’un conflit ? Si peu de faits sont visibles ? Il me semble que l’intuition voir même l’émotion paranoïaque peut prendre le dessus : entre ce que l’on imagine: de ce qu’il va se produire et ce qui se produit vraiment.

Hormis cette analogie, le texte de Machiavel pose question. D’abord dans sa façon de percevoir les affaires d’État. Il essaye de tirer de lecture et d’expérience des leçons qui seraient valables et applicables pour d’autres souverains.

L’un des passages, notamment quand il évoque le cas de Borgia, me laisse perplexe. Ce cas particulier, d’une expérience et de fait historique qui dans son déroulement se solde par un échec. C’est-à-dire par la mort du père de Borgia et par la mort de Borgia par la suite et surtout par la perte des territoires. Machiavel pour autant, explique que ce serait du à une mauvaise fortune (au sens de mauvaises circonstances). Mon questionnement est simple finalement. Comment, ou plutôt par quels critères de jugement est-il possible d’affirmer que la prise de décision a été bonne ou mauvaise?En ce sens, ce qu’il nomme la fortune englobe un trop grand nombre de choses : les circonstances, sa subjectivité, un ensemble d’acteurs, un moment T…

Machiavel, a certes une vision rationnelle, rationalisante, mais les concepts, les stratégies sont à ses débuts. On sent qu’il pose les fondements d’une sorte de science politique/diplomatique/stratégique . En ce sens, cela est fondateur mais il manque, me semble-t-il, un travail sur ce que lui il nomme la fortune, ou encore sur la formation des hommes, sur l’apport de l’éducation de la formation (ce qu’il n’évoque pas) , le mode de vie, la technologie etc. Ce que je veux dire par là,    c’est qu’il considère à chaque fois un » pied d’égalité « entre les différentes nations ou seule la stratégie « décisionnelle » serait déterminante.

Note sur le terme fortune.

Revenons sur le terme fortune employé par Machiavel. La première définition du terme que je donnerai et les aléas des circonstances que la décision humaine ne peut contrecarrer. Et c’est à peu près cette définition que je trouve sur « les chemins de la pensée » de Jacqueline Russ en effet il est noté : « la fortune, ensemble de circonstances complexes et mobiles, devant lesquels l’homme est impuissant s’il n’utilise, au bon moment, le bon moyen : l’occasion propice à l’initiative audacieuse ; »

cette définition est assez intéressante pourtant elle ne relève pas de l’ensemble du contenu de ce mot utilisé par Machiavel.

« La notion de fortune est chargée de rendre compte de la part d’imprévisible que comporte irrémédiablement l’action humaine. « Fortune » exprime cette idée que la volonté la plus déterminée n’est jamais en mesure d’imposer complètement la forme souhaitée à la matière politique. » (Machiavel le prince, Nathan)

On remarque là, qu’il y a plus que le déterminisme, il y a aussi la réaction des autres acteurs. Et ce dernier point pose problème. En effet Machiavel dans son livre essaye de rendre compte des meilleures décisions possibles. Notamment les réactions des autres chefs de guerre ou hommes politiques. Or, il laisse un concept de fortune qui ne permet pas d’anticiper les réactions.

Cette ce que J.Y Goffi appelle «  loi de la fortune » notamment par cette citation prise du livre le Prince : « le temps chasse également toute chose devant lui, et il apporte à sa suite le bien comme le mal, le mal comme le bien. »

 

Faut-il 10 chômeurs heureux ou faut-il 10 travailleurs malheureux ?

Faut-il 10 chômeurs heureux ou faut-il 10 travailleurs malheureux ?

La question peut paraitre provocante cependant dans une France consommatrice d’antidépresseurs on peut, me semble-t-il s’interroger sérieusement sur ce problème à demi crédible.

Les termes heureux et malheureux sont certainement peu représentatifs de la subjectivité de chacun. Comment évaluer concrètement le malheur ou le bonheur ? Avec le PIB ? Non ! Certainement pas. Les données quantitatives semblent buter contre les parois souples et insaisissables de l’épanouissement.  Et pourtant, il y a une corrélation « forte » entre le pouvoir d’achat et le bonheur. À défaut de trouver la cause de l’épanouissement, les courbes du marché dévoilent depuis Adam Smith la manne d’un bonheur collectif. En parlant de la division du travail, Adam Smith nous dit :

 «  Au contraire, chez les nations civilisées et en progrès, quoiqu’il y ait un grand nombre de gens tout à fait oisifs et beaucoup d’entre eux qui consomment un produit de travail décuple et souvent centuple de ce que consomme la plus grande partie des travailleurs, cependant la somme du produit du travail de la société est si grande, que tout le monde y est souvent pourvu avec abondance, et que l’ouvrier, même de la classe la plus basse et la plus pauvre, s’il est sobre et laborieux, peut jouir, en choses propres aux besoins et aux aisances de la vie, d’une part bien plus grande que celle qu’aucun sauvage pourrait jamais se procurer. »( Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations)  Adam Smith (1776), Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations : tome I p.11, édition électronique Macintosh.

L’épanouissement parcourt nos vies, aux mêmes rythmes que l’abondance. Et quand l’abondance parvient à hauteur de nos vies, l’épanouissement s’évade par une autre direction et un nouveau rythme.

Peut-on esquisser un équilibre entre l’opulence et l’abondance d’un côté et les formes d’organisations modernes cadrées, organisées pour produire plus de façon efficace et efficiente ?

N’avons-nous pas tout ce qu’il faut pour être «heureux » quand nous avons un toit sur la tête et de quoi manger ? Pourquoi, le stress, pourquoi demander plus ? Dans quelle mesure devons-nous rechercher le profit ; de l’entreprise, de soi, et des nations ? N’avons-nous pas atteint le but de l’économie ? Celui d’élaborer un tissu industriel, commercial, social capable de donner à chacun la possibilité de vivre une vie … convenable.

Manifestement, non ! Nous en voulons encore ! Mais nous voulons quoi exactement ?

Bernard Maris reprenant les propos de Jean-Marie Harribey nous dit à ce sujet :

« Mais pourquoi suis-je atteint par cette boulimie d’avoir(s) ? Pourquoi cette soif inextinguible d’accumulation de capital qui agite l’humanité, surtout ceux qui ont déjà le plus accumulé ? La volonté de pouvoir ? Mais pourquoi ?

 L’hypothèse freudienne : l’angoisse de la mort. Posséder, jusqu’à satiété, biens matériels et symboles qui y sont associés rassure en procurant un ersatz d’éternité. Mais le leurre ne trompe pas longtemps les assoiffés. Aussi ne peut-il fonctionner que si la possession de capital est réservée à une frange minoritaire maintenant à distance la plèbe majoritaire. Si j’ai et que t* n’as pas, je suis (ou, du moins, je crois que je suis) plus que toi. Cette soif de capital exprime la tentative désespérée de l’homme de fuir sa condition ou de lui trouver un exutoire. Le spectre de la mort est éloigné et exorcisé par la passion de la richesse assouvie grâce à l’argent. Comme ils sont tous promis au même sort, les angoissés se détendent en prenant la substance de l’autre.

 La monnaie est le reflet des antagonismes sociaux et en même temps le moyen de canaliser la violence présente dans les sociétés humaines à l’intérieur de rails à peu près supportables, c’est-à-dire vers cette soif de richesse, exutoire à l’angoisse morbide le plus accessible, et susceptible de dégénérer de façon un peu moins violente que le fanatisme religieux ou la conquête du pouvoir : la monnaie comme substitut aux rites sacrificiels, l’exploitation de l’homme par l’homme comme vestige de l’anthropophagie. » Antimanuel d’économie, Les fourmis, p136, éditions Bréal.

Anecdote d’un soir

Oyez ! oyez, voici une anecdote d’un humain comme toi. Ce fut un vendredi aux environs de 18H20, le moment où l’évènement eut lieu. Nous étions deux dans une voiture confortable et admirablement bien entretenue ; en direction d’un épaviste. Pour leur céder un véhicule accidenté. Et ainsi clôturer une affaire qui traînait depuis quelque temps déjà. L’opération était simple, ma foi. Il fallait arriver avant la fermeture, signer des documents, récupérer des biens matériels malencontreusement laissés dans le tacot, puis repartir aussitôt. Une histoire banale me direz-vous ? Commune et sans grandes difficultés ? Eh, bien détrompez-vous ! La courte histoire que je vais vous conter ici, dessine des jeux d’acteurs questionnables et questionnant. Le vendredi soir autour de la ville rose, comme pour la plupart des vendredis soir, les rues et avenue, les routes où autoroutes sont empruntées par de nombreux automobilistes. À tel point que la circulation en est ralentie. Nous nous trouvions, justement, pris dans ce flux curieux, d’une agglomération d’automobilistes composés d’autant d’individus, qui avaient hâte de rentrer dans leurs logis. Et, étant donné que chaque hâte s’en trouvait additionnée, au même moment, au même lieu avec les mêmes moyens de transport, nous avons eu la conséquence inéluctable et non volontaire d’un ralentissement. Changeant la hâte de tous en lenteur fatale. « L’heure tourne dit-on », l’heure tournait pour nous à ce moment casuel. Même si nous savions que nous pourrions être à l’heure que difficilement avant la fermeture.

Nous avions encore l’espoir d’arriver à temps. C’est avec empressement et une légère fatigue, que 972 prit des chemins contournés coupant parfois par les bretelles, gagnant quelques mètres sur le trafic bien dense. Après quelques longues minutes nous arrivâmes sur le lieu espéré. Le bâtiment avait les stores de la devanture fermée, mais il restait un peu plus loin, une porte encore éclairée et ouverte. Nous y entrâmes tous les deux, l’un après l’autre. Moi d’abord, lui ensuite. Une fois, à l’intérieur, nous attendîmes un peu. 972 était légèrement mouvementé, ne sachant pas s’il devait rester ou fermer son véhicule laissé dehors. Savait-il seulement s’il l’avait bien fermé ? Un personnage apparut alors. Un homme plutôt jeune qui devait avoir approximativement la trentaine. Il était grassouillet et plutôt amical. À ce moment, j’ai commencé à formuler le motif de notre venue. Disant en substance : « – Bonsoir, j’ai un véhicule accidenté chez vous, serait-il possible de récupérer des affaires à l’intérieur et aussi de vous céder l’automobile »

A vrai dire, cette histoire étant passée de plusieurs jours, je ne me souviens plus exactement des propos tenus. Cependant, j’ai souvenir d’avoir été tout à fait poli. Le Monsieur, Roberto,  face à cette requête à directement mentionné le fait que les secrétaires étaient parties. Personne n’était en mesure de pouvoir m’aider. Étant de nature discrète, du moins étant l’inverse d’une attitude de hâbleur. J’acquiesçais à la situation … « – Me voilà sur les lieux trop tard, il faudra que je revienne encore une fois, comme si j’avais du temps à perdre dans des tâches futiles » pensais-je. C’était sans compter sur 972, qui prit les devants. Et, qui persévérait sur la possibilité d’effectuer la besogne. Roberto se mis à poser des questions, « que voulez-vous exactement », « le véhicule est-il bien chez nous » …

Roberto, alla sur l’un des ordinateurs pour vérifier si le véhicule était bien chez eux. Et c’était le cas, seulement l’auto était loin et la nuit était bien entamée. Il n’était pas possible d’aller aussi loin, nous n’aurions pas pu y voir grand-chose, d’après Roberto. Il revenait vers nous, nous incitant à revenir lundi. Ce fut environ vers cette séquence, qu’un deuxième compère fit son entrée. Un homme d’un certain âge, disons autour des quarante-cinq ans, de cheveux blonds avec un air aimable. Il se mit à poser des questions « quelle est la raison de votre venue » « que voulez-vous, exactement » …Un dialogue un peu plus sérieux commence alors. 972 qui avait déjà pris les devants. Il expliqua plus judicieusement la situation. L’homme aux cheveux blonds que nous nommerons Francis, commença à réfléchir sur comment serait-il possible d’effectuer notre requête. Hésitant néanmoins. Il finit par demander si nous avons les pièces indispensables à la réalisation de la transaction : carte d’identité et carte grise. C’était le cas. N’étant pas accoutumé au travail des secrétaires, l’individu hésitait et calculait en même temps que la conversation continuée entre 972, Roberto, et moi. Même si, chose importante, j’étais effacé laissant les autres parler. 972 lui, avait la volonté de basculer l’hésitation de Francis, en tentative concrète. L’invraisemblable se produisit alors, Francis nous fit mine de le suivre à son bureau. Il commença à allumer son PC, et à enclencher le logiciel adapté. Nous voici engagés dans une bonne résolution. Francis eut quand même quelques difficultés à effectuer la commande, il dut appeler sa femme qui était davantage compétente que lui dans le domaine. De fil en aiguille, nous pûmes concéder le véhicule. Signant un ou deux manuscrits, l’affaire était faite.

Ravis de ce que nous avons obtenu, nous nous dirigions vers la sortie. Certes, nous n’avons pas récupéré les affaires, il nous faudra revenir une prochaine fois. Mais l’essentiel est fait. Et ce de justesse. La morale de cette histoire, c’est un éloge d’une attitude proactive. En effet, si j’étais seul, point d’objectifs n’aurait été atteint. Je ne sais pas d’où vient une nature passive, et d’où vient la force d’être proactif. Est-ce lié à une empathie, face à un personnel prêt à rentrer chez eux ? À une assimilation de normes et de codes ? Le fait, de ne pas avoir assez de volonté dans certaines circonstances ? Vous voilà averti, l’éloquence est comme une clef capable d’ouvrir des coffres, la clef c’était 972 et sa verve.

Marchés financiers, Publication #1

Pourquoi les marchés financiers peuvent paraître contre nature?

Aristote dans son pèlerinage philosophique avait distingué enrichissement naturel et enrichissement artificiel, établir une correspondance entre sa conception antique et les marchés financiers semble aller de soi. Néanmoins précisons ce que nous entendons par marchés financiers pour bien mettre en évidence cette connexité.

Comprenons d’abord le terme marché qui est le lieu de rencontre d’une offre et d’une demande. Notons qu’un marché n’est pas forcément un lieu physique, réel, il peut tout à fait être virtuel (fictif) et c’est le cas, quand par exemple, vous achetez un livre sur internet. Si, sur les marchés à Grand-mère on marchande les fruits et les légumes, sur les marchés financiers on négocie de l’argent ! Autrement dit, on retrouve une demande et une offre, qui peut se former par des demandeurs qui ont un besoin de financement et des offreurs à capacité d’épargne positive. Les produits que l’on retrouve sur les marchés financiers sont généralement des actions, des obligations ou encore des titres mixtes.

Une action ou une obligation est un titre de propriété. Pour expliquer plus simplement, les entreprises qui distribuent des actions, vont découper leurs entreprises en plusieurs morceaux pour ensuite les vendre. Tout ça, Dans l’intérêt d’encaisser des fonds afin d’investir ou encore pour se développer. Pour celui qui achète des actions, le but est de recevoir des dividendes. Analogiquement dit, l’actionnaire est un magicien qui arrive à multiplier de l’argent avec de l’argent. Et c’est ce point exactement que dénonce Aristote !

Voyez plutôt par vous-même avec cette longue citation :

« Mais il existe un autre mode d’acquisition qu’on appelle surtout, et avec raison, l’art d’acquérir, c’est celui qui ne met point de limites à la richesse et à l’acquisition, et que l’on croit généralement être le même que celui dont je viens de parler à cause du voisinage qui les rapproche. Il n’est pas le même et il n’en est pas non plus très éloigné ; l’un est naturel, l’autre ne vient pas de la nature, et il est plutôt le résultat d’une industrie et d’un certain art. Essayons d’en saisir le principe et l’origine.

Toute propriété a deux usages qui, tous deux, lui sont inhérents, mais de manière différente : l’un est propre et direct, l’autre ne l’est pas, par exemple, la chaussure ; on peut la mettre à ses pieds ou s’en servir comme d’un moyen d’échange ; voilà deux manières d’en faire usage. Celui qui échange une chaussure contre de la monnaie ou contre des aliments avec celui qui a besoin de chaussure en fait bien usage, en tant que chaussure, mais non pas un usage propre et direct, car elle n’a pas été faite pour l’échange. Il en est de même de toutes les autres choses que l’on possède, car il n’y en a aucune qui ne puisse devenir l’objet d’un échange ; et l’échange a son principe et son fondement dans la nature, parce que les hommes ont en plus ou moins grande quantité les choses nécessaires à la vie.

Ce qui prouve encore que le commerce de détail n’appartient pas naturellement à la science d’acquérir la richesse, est que d’abord l’échange ne pouvait se faire que dans la juste proportion du nécessaire. On voit donc que dans la première association, celle de la famille, ce commerce était inutile ; le besoin ne s’en fit sentir que quand la société devint plus nombreuse. Dans la famille, tout était commun à tous ; après qu’on se fut séparé, une communauté nouvelle s’établit pour des objets non moins nombreux que les premiers, mais différents, et l’on fut obligé de s’en faire part selon les besoins, et par la voie des échanges, comme font encore beaucoup de nations barbares. On y échange des objets utiles contre d’autres objets utiles, mais rien de plus : par exemple, on donne et on reçoit du vin pour du blé, et ainsi de suite pour tous les autres objets.

Ce genre d’échange n’est donc pas contre la nature, et il ne constitue pas non plus une manière nouvelle dans l’art d’acquérir des richesses, car il n’avait à l’origine d’autre but que la satisfaction du vœu de la nature.

Cependant c’est de lui, selon toutes les apparences, que la science de la richesse a dû naître. À mesure que les rapports de secours mutuel se développèrent par l’importation des choses dont on manquait, et par l’exportation de celles qu’on avait en surabondance, l’usage de la monnaie dut nécessairement s’introduire, car les objets dont la nature nous fait un besoin ne sont pas toujours d’un transport facile. On convint de donner et de recevoir dans les échanges une matière qui, utile par elle-même, fût facile à manier dans les différents usages de la vie, comme le fer, l’argent ou toute autre substance dont on détermina d’abord simplement la dimension et le poids, et qu’on finit par marquer d’une empreinte pour s’éviter l’embarras de mesurages continuels ; l’empreinte y fut mise comme signe de la qualité.

Lorsque la nécessité des échanges eût amené l’invention de la monnaie, il parut une autre espèce dans la science de la richesse ; c’est le commerce de détail, qui se fit d’abord peut-être d’une manière fort simple, mais où l’expérience introduisit ensuite plus d’art, lorsqu’on sut mieux où il fallait prendre les objets d’échange et ce qu’il fallait faire pour avoir le gain le plus considérable. Voilà pourquoi la science de la richesse semble avoir pour objet l’argent monnayé, et son principal but est de trouver les moyens de s’en procurer une grande quantité ; c’est, en effet, cette science qui produit l’opulence et les grandes fortunes. Aussi est-ce avec raison que l’on cherche s’il n’y a pas quelque autre richesse et quelque autre science d’acquérir la richesse ; en effet, la richesse et l’acquisition naturelles sont choses bien différentes ; elles constituent la science économique, différente du petit négoce qui produit à la vérité de l’argent, mais pas dans tous les cas, seulement quand l’argent est le but définitif de l’échange. La monnaie est l’élément et le but de l’échange, et la richesse qui résulte de cet art d’acquérir n’a point de limites. » Aristote, Politique, I, 9, 1256 b 40 – 1257 b 20.

Mais d’après vous, la remarque d’Aristote est-elle encore valable ? A-t-il pleinement raison de penser ainsi, à l’heure où les marchés financiers représentent une bonne partie de notre économie et contribuent à la croissance économique ?

Bibliographie :

 En ligne : Aristote, 2016, « La chrématistique ou l’art d’acquérir », dirigeant.fr, (http://www.dirigeant.fr/011-1045-La-chrematistique-ou-l-art-d-acquerir.html), décembre.

Jean-Yves CAPUL, 2008, dictionnaire d’économie et de sciences sociales, Hatier

François S. Fall, 2012, Mondialisation des économies : Monnaie, Banque et finance, SED