L’individu est-il maître de sa destinée?

Au préalable définissons la notion de fatalisme pour l’explorer : Le fatalisme est « une doctrine ou attitude selon laquelle on ne peut modifier le cours des événements fixés par le destin » (Dictionnaire le Robert). Fatalisme provient de l’étymologie du latin fatum qui est lui-même le terme ancien des philosophes antiques pour désigner la fatalité. À la différence de l’emploi actuel, le fatum n’est pas directement lié à un pessimisme et à un refus de vouloir comprendre les événements. Bien au contraire, le fatum antique consiste à vouloir activement comprendre les choses avec enthousiasme mais cependant pour les accepter pleinement.

Le fatalisme par rapport aux religions monothéistes et polythéistes.

On retrouve aujourd’hui une forme de fatalisme dans les religions monothéistes où Dieu connaît parfaitement notre avenir. Soulignons qu’il est question de la toute-puissance de Dieu et non de la position humaine. Et qu’à l’intérieur des dogmes monothéistes l’accent de la toute-puissance divine y est contrebalancé par l’affirmation tout aussi forte de la liberté et de la responsabilité humaine. En d’autres termes, il y aurait des prédéterminations (comme par exemple la durée de vie) mais aussi une échappatoire à un fatalisme total. En effet, le jour du prétendu jugement ou chaque atome de bonnes actions ou de mauvaises actions est pesé sur la balance, et à l’évidence il est nécessaire d’avoir la plus totale liberté, sans quoi le jour du jugement n’aurait aucune valeur.
On retrouve aussi des similitudes entre les religions monothéistes et les religions polythéistes des Grecs et des Romains en cette dualité de la liberté et du fatalisme. En effet, les Grecs et les Romains affirment à la fois l’immutabilité du fatum et la possibilité de rompre avec. C’est à dire d’obtenir des faveurs divines en effectuant des sacrifices ou des offrandes ou plus simplement un dévouement. Ce contrebalancement entre les toutes-puissances divines et le libre arbitre favorise l’exaltation d’une affectivité. Qui est, en l’occurrence de l’ordre de la crainte. Mais pas seulement ! On passe alors à une conception irrationnelle. Pourquoi craindre les dieux avec un point de vue logique ? Un des principes du « tetrapharmakon » d’Epicure nous indique de ne pas craindre les dieux car ils sont autosuffisants et pleinement heureux et notre sort est probablement indifférent à leurs yeux. Néanmoins nous pouvons, ou pas, nous en tenir à la raison que nous offre ce monde ou bien garder l’espoir d’un monde nouveau après cette vie. Ce qui ne dépendrait plus des mêmes forces. Notons que la science a l’impératif de s’en tenir à ce qu’elle peut prouver, Autrement dit au fait, ou à des raisonnements qui sont soumis à une validité. Par exemple le fatalisme, selon le critère de réfutabilité de Popper, ne peut être considéré comme une théorie scientifique. Il serait plutôt de l’ordre de la métaphysique. Effectivement, le fatalisme est irréfutable, puisque aucune action ne peut le contredire sans être elle-même déterminée. Cette précision semble nous signaler que le véritable combat de la science a toujours été son expansion en partant de son noyau. Où la solidité du raisonnement suffit à rompre avec les conceptions primitives. Toutefois l’irréfutabilité de Popper n’est pas irréfutable, il est donc indispensable d’examiner le concept avec plus de rigueur.

Fatalisme et paroles magiques.

Le fatalisme a un lien fort avec la magie c’est-à-dire qu’il entretient une proximité avec les anciennes croyances tel que les oracles, les pratiques divinatoires, l’astrologie, la sorcellerie des sorciers, des druides ou autres marabouts.
L’idée est que : ce qui est dit va se produire. Inévitablement se produire. De telles prédictions fatalistes ont un retentissement certain sur l’imagination. Nous pouvons attribuer un pouvoir invisible et immédiat aux mots (en fonction de notre croyance). On pourrait se questionner sur l’origine de ce pouvoir : d’où provient-il ? Comment fonctionne-t-il ? Quelles sont ces puissances mystérieuses ?
On pourrai recommencer avec l’exposition du critère d’irréfutabilité de Popper ou par d’autres procédés pour en juger de la validité. Mais même si la plupart des prophéties auto réalisatrice sont réfutables, on peut observer notamment avec la sociologie, que parfois, la magie opère. Afin d’élucider le propos, il faut changer la question de : quelle est cette magie qui transforme les mots en réalité ? En, qui la détient, qui détient ce pouvoir ?
En effet, le marabout ce n’est pas n’importe qui. On pourrait trouver en la formulation magique un archaïsme. Et pourtant, dans les sociétés modernes actuelles nous n’échappons pas à une fonction similaire.
La mise en scène des mots est d’autant plus frappante quand la prédiction se traduit en échec. Quand on espère voir tomber la pluie et que celle-ci ne vient pas. Quand les mots ne sont pas suffisants à la réalisation. L’échec est alors amené à d’autres causes comme : « les esprits ne sont pas satisfaits », « la nature est toute puissante » etc. Il y a une étanchéité à la magie qui se traduit en fatalisme. En effet, en aucun moment il est possible de briser le sort, de changer le destin. À ce propos on peut voir une corrélation entre l’ignorance et l’impuissance avec la confiance en des pouvoirs magiques.
Néanmoins il existe aujourd’hui encore des prophéties auto réalisatrices plus sournoises encore que les anciennes. C’est notamment à Howard Soul Becker que l’on a pu démontrer la puissance du langage avec sa théorie de l’étiquetage. « Pour Becker, notre identité et notre comportement sont déterminées par la façon dont nous sommes décrits et classés ». (Sociologues, les grandes idées tout simplement, ed . Prisma). En d’autres termes, les règles de la société ne sont pas fixées en toute neutralité. Le poids des normes sociales a un effet direct sur l’acceptation (et l’intériorisation) de la fatale est inéluctable sentence des puissants. Par exemple pour un acte de délinquance identique de cassage de vitre après une alcoolisation, le groupe A d’étudiants aisés aura comme étiquette des frasques de jeunesse tandis que le groupe B d’étudiants d’origine modeste aura l’acte qualifié de délinquance. Toutefois les règles ou les normes ne sont pas immuables. Le pouvoir du langage qui engendre des normes et des règles produisent incontestablement du fatalisme. Mais dans des circonstances précises et des règles définies (formelle ou informelle).

Le fatalisme et les fables.

Les fables sont certainement la façon la plus brillante pour illustrer la différence entre fatalisme et déterminisme. Malgré leurs réalités fictives, elles sont riches d’enseignement. Etant donné la popularité de ces histoires et les multiples dissertations qui inondent le web, je ne développerai pas les fables les plus connues. J’invite, par contre à lire la courte histoire d’Eschyle qui croit pouvoir éviter son destin mais qui pourtant est rattrapé par la prédiction. Que devons-nous retenir de ces histoires ?
Eschyle a voulu échapper à son destin . Tous les efforts effectués, pour changer le destin non pas eu l’aboutissement espéré. Autrement dit, quelles que soient les causes, la conséquence annoncée se produit. On pourrait le formuler simplement comme ça : Peu importe ce que tu peux faire pour changer les choses, ce qui doit advenir adviendra ! Il y a ici, une finalité, et non une causalité ! C’est comme une finalité suspendue qui ne dépend plus d’aucune prémisse. Sartre développe bien évidemment cette caractéristique du fatalisme pour l’opposer à la liberté. A quoi peuvent bien servir nos actions si elles sont condamnées à ne plus avoir les effets attendus. Si les causes ont la censure du destin, alors rien n’est possible. Tout est écrit…mais où ? Bien évidemment, nos observations et nos expérimentations démontrent que le principe de causalité reste certainement aujourd’hui encore une des fondations du raisonnement des plus sûres .
On peut aussi à partir de là (des fables) pour qualifier le fatalisme d’irrationnel. Etant donné qu’il n’obéit pas au principe de causalité, comment la raison pourrait-elle en rendre compte ?

Du fatalisme à l’obstacle du déterminisme absolue.

Le fatalisme comme nous l’avons vu repose sur le devenir. Et la causalité ignore le devenir. Ceci dit, l’homme est contraint bien souvent d’analyser les événements après coup. On peut observer une autre irrationalité si l’on pousse la logique sous-jacente et rétrospective à son paroxysme.
Que peut-on dire par exemple de cette citation : « Si ton destin est de guérir de cette maladie, tu guériras que tu aies appelé ou non le médecin ; de même, si ton destin est de n’en pas guérir, tu ne guériras pas que tu aies appelé ou non le médecin ; or ton destin est l’un ou l’autre ; il ne convient donc pas d’appeler le médecin. »— Cicéron, Traité du destin, XIII.
Admettons que vous appeliez le médecin, et que vous guérissez.
Alors on pourra dire : c’était votre destin de l’appeler et de guérir
A l’inverse, si vous n’appelez pas le médecin, et que vous guérissez. Alors on pourra dire : c’était votre destin de ne pas l’appeler et de guérir.
En d’autres termes, toutes les actions peuvent être justifiées, mais une fois celles-ci passées.
Ici, ce qui pose problème ce n’est plus la finalité ou les conséquences, mais les causes.
En réalité, à un moment présent nous ne savons pas si en appelant le médecin on va guérir, ou si on ne va pas guérir. On ne sait pas non plus si on va l’appeler ou non.
Autrement dit, à un moment présent, l’histoire devient incertaine. On change donc l’incertitude intrinsèque à l’épreuve, en certitude rétrospective.
C’est-à-dire qu’on est dans un arbitrage : la nécessité conditionnelle de la situation vécue à un moment présent se change en nécessité absolue rétrospectivement.

Bibliographie

Sociologues, les grandes idées tout simplement, Editions Prisma
La dissertation Littéraire, Alex Preiss, Armand colin Flash, L’épreuve écrite de philosophie, Louis-Marie Morfaux, Armand colin
Dictionnaire des synonymes, Henri Bertaud du Chazaud, Robert
Les chemins de la pensée, Jacqueline Russ, Bordas
Méthodologie philosophique, Dominique Folscheid, Jean-Jacques Wunenburger, Phillippe Choulet, Puf, Quadrige Manuels
Philosophie, la philosophie de A à Z, Elisabeth Clément , Chantal Demonque, Laurence Hansen-love, Pierre Kahn
Web :
http://lenuki69.over-blog.fr/
https://www.youtube.com/watch?v=RLMEuAXnX74
https://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Accueil_principal

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