Faut-il 10 chômeurs heureux ou faut-il 10 travailleurs malheureux ?

Faut-il 10 chômeurs heureux ou faut-il 10 travailleurs malheureux ?

La question peut paraitre provocante cependant dans une France consommatrice d’antidépresseurs on peut, me semble-t-il s’interroger sérieusement sur ce problème à demi crédible.

Les termes heureux et malheureux sont certainement peu représentatifs de la subjectivité de chacun. Comment évaluer concrètement le malheur ou le bonheur ? Avec le PIB ? Non ! Certainement pas. Les données quantitatives semblent buter contre les parois souples et insaisissables de l’épanouissement.  Et pourtant, il y a une corrélation « forte » entre le pouvoir d’achat et le bonheur. À défaut de trouver la cause de l’épanouissement, les courbes du marché dévoilent depuis Adam Smith la manne d’un bonheur collectif. En parlant de la division du travail, Adam Smith nous dit :

 «  Au contraire, chez les nations civilisées et en progrès, quoiqu’il y ait un grand nombre de gens tout à fait oisifs et beaucoup d’entre eux qui consomment un produit de travail décuple et souvent centuple de ce que consomme la plus grande partie des travailleurs, cependant la somme du produit du travail de la société est si grande, que tout le monde y est souvent pourvu avec abondance, et que l’ouvrier, même de la classe la plus basse et la plus pauvre, s’il est sobre et laborieux, peut jouir, en choses propres aux besoins et aux aisances de la vie, d’une part bien plus grande que celle qu’aucun sauvage pourrait jamais se procurer. »( Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations)  Adam Smith (1776), Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations : tome I p.11, édition électronique Macintosh.

L’épanouissement parcourt nos vies, aux mêmes rythmes que l’abondance. Et quand l’abondance parvient à hauteur de nos vies, l’épanouissement s’évade par une autre direction et un nouveau rythme.

Peut-on esquisser un équilibre entre l’opulence et l’abondance d’un côté et les formes d’organisations modernes cadrées, organisées pour produire plus de façon efficace et efficiente ?

N’avons-nous pas tout ce qu’il faut pour être «heureux » quand nous avons un toit sur la tête et de quoi manger ? Pourquoi, le stress, pourquoi demander plus ? Dans quelle mesure devons-nous rechercher le profit ; de l’entreprise, de soi, et des nations ? N’avons-nous pas atteint le but de l’économie ? Celui d’élaborer un tissu industriel, commercial, social capable de donner à chacun la possibilité de vivre une vie … convenable.

Manifestement, non ! Nous en voulons encore ! Mais nous voulons quoi exactement ?

Bernard Maris reprenant les propos de Jean-Marie Harribey nous dit à ce sujet :

« Mais pourquoi suis-je atteint par cette boulimie d’avoir(s) ? Pourquoi cette soif inextinguible d’accumulation de capital qui agite l’humanité, surtout ceux qui ont déjà le plus accumulé ? La volonté de pouvoir ? Mais pourquoi ?

 L’hypothèse freudienne : l’angoisse de la mort. Posséder, jusqu’à satiété, biens matériels et symboles qui y sont associés rassure en procurant un ersatz d’éternité. Mais le leurre ne trompe pas longtemps les assoiffés. Aussi ne peut-il fonctionner que si la possession de capital est réservée à une frange minoritaire maintenant à distance la plèbe majoritaire. Si j’ai et que t* n’as pas, je suis (ou, du moins, je crois que je suis) plus que toi. Cette soif de capital exprime la tentative désespérée de l’homme de fuir sa condition ou de lui trouver un exutoire. Le spectre de la mort est éloigné et exorcisé par la passion de la richesse assouvie grâce à l’argent. Comme ils sont tous promis au même sort, les angoissés se détendent en prenant la substance de l’autre.

 La monnaie est le reflet des antagonismes sociaux et en même temps le moyen de canaliser la violence présente dans les sociétés humaines à l’intérieur de rails à peu près supportables, c’est-à-dire vers cette soif de richesse, exutoire à l’angoisse morbide le plus accessible, et susceptible de dégénérer de façon un peu moins violente que le fanatisme religieux ou la conquête du pouvoir : la monnaie comme substitut aux rites sacrificiels, l’exploitation de l’homme par l’homme comme vestige de l’anthropophagie. » Antimanuel d’économie, Les fourmis, p136, éditions Bréal.

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