Anecdote d’un soir

Oyez ! oyez, voici une anecdote d’un humain comme toi. Ce fut un vendredi aux environs de 18H20, le moment où l’évènement eut lieu. Nous étions deux dans une voiture confortable et admirablement bien entretenue ; en direction d’un épaviste. Pour leur céder un véhicule accidenté. Et ainsi clôturer une affaire qui traînait depuis quelque temps déjà. L’opération était simple, ma foi. Il fallait arriver avant la fermeture, signer des documents, récupérer des biens matériels malencontreusement laissés dans le tacot, puis repartir aussitôt. Une histoire banale me direz-vous ? Commune et sans grandes difficultés ? Eh, bien détrompez-vous ! La courte histoire que je vais vous conter ici, dessine des jeux d’acteurs questionnables et questionnant. Le vendredi soir autour de la ville rose, comme pour la plupart des vendredis soir, les rues et avenue, les routes où autoroutes sont empruntées par de nombreux automobilistes. À tel point que la circulation en est ralentie. Nous nous trouvions, justement, pris dans ce flux curieux, d’une agglomération d’automobilistes composés d’autant d’individus, qui avaient hâte de rentrer dans leurs logis. Et, étant donné que chaque hâte s’en trouvait additionnée, au même moment, au même lieu avec les mêmes moyens de transport, nous avons eu la conséquence inéluctable et non volontaire d’un ralentissement. Changeant la hâte de tous en lenteur fatale. « L’heure tourne dit-on », l’heure tournait pour nous à ce moment casuel. Même si nous savions que nous pourrions être à l’heure que difficilement avant la fermeture.

Nous avions encore l’espoir d’arriver à temps. C’est avec empressement et une légère fatigue, que 972 prit des chemins contournés coupant parfois par les bretelles, gagnant quelques mètres sur le trafic bien dense. Après quelques longues minutes nous arrivâmes sur le lieu espéré. Le bâtiment avait les stores de la devanture fermée, mais il restait un peu plus loin, une porte encore éclairée et ouverte. Nous y entrâmes tous les deux, l’un après l’autre. Moi d’abord, lui ensuite. Une fois, à l’intérieur, nous attendîmes un peu. 972 était légèrement mouvementé, ne sachant pas s’il devait rester ou fermer son véhicule laissé dehors. Savait-il seulement s’il l’avait bien fermé ? Un personnage apparut alors. Un homme plutôt jeune qui devait avoir approximativement la trentaine. Il était grassouillet et plutôt amical. À ce moment, j’ai commencé à formuler le motif de notre venue. Disant en substance : « – Bonsoir, j’ai un véhicule accidenté chez vous, serait-il possible de récupérer des affaires à l’intérieur et aussi de vous céder l’automobile »

A vrai dire, cette histoire étant passée de plusieurs jours, je ne me souviens plus exactement des propos tenus. Cependant, j’ai souvenir d’avoir été tout à fait poli. Le Monsieur, Roberto,  face à cette requête à directement mentionné le fait que les secrétaires étaient parties. Personne n’était en mesure de pouvoir m’aider. Étant de nature discrète, du moins étant l’inverse d’une attitude de hâbleur. J’acquiesçais à la situation … « – Me voilà sur les lieux trop tard, il faudra que je revienne encore une fois, comme si j’avais du temps à perdre dans des tâches futiles » pensais-je. C’était sans compter sur 972, qui prit les devants. Et, qui persévérait sur la possibilité d’effectuer la besogne. Roberto se mis à poser des questions, « que voulez-vous exactement », « le véhicule est-il bien chez nous » …

Roberto, alla sur l’un des ordinateurs pour vérifier si le véhicule était bien chez eux. Et c’était le cas, seulement l’auto était loin et la nuit était bien entamée. Il n’était pas possible d’aller aussi loin, nous n’aurions pas pu y voir grand-chose, d’après Roberto. Il revenait vers nous, nous incitant à revenir lundi. Ce fut environ vers cette séquence, qu’un deuxième compère fit son entrée. Un homme d’un certain âge, disons autour des quarante-cinq ans, de cheveux blonds avec un air aimable. Il se mit à poser des questions « quelle est la raison de votre venue » « que voulez-vous, exactement » …Un dialogue un peu plus sérieux commence alors. 972 qui avait déjà pris les devants. Il expliqua plus judicieusement la situation. L’homme aux cheveux blonds que nous nommerons Francis, commença à réfléchir sur comment serait-il possible d’effectuer notre requête. Hésitant néanmoins. Il finit par demander si nous avons les pièces indispensables à la réalisation de la transaction : carte d’identité et carte grise. C’était le cas. N’étant pas accoutumé au travail des secrétaires, l’individu hésitait et calculait en même temps que la conversation continuée entre 972, Roberto, et moi. Même si, chose importante, j’étais effacé laissant les autres parler. 972 lui, avait la volonté de basculer l’hésitation de Francis, en tentative concrète. L’invraisemblable se produisit alors, Francis nous fit mine de le suivre à son bureau. Il commença à allumer son PC, et à enclencher le logiciel adapté. Nous voici engagés dans une bonne résolution. Francis eut quand même quelques difficultés à effectuer la commande, il dut appeler sa femme qui était davantage compétente que lui dans le domaine. De fil en aiguille, nous pûmes concéder le véhicule. Signant un ou deux manuscrits, l’affaire était faite.

Ravis de ce que nous avons obtenu, nous nous dirigions vers la sortie. Certes, nous n’avons pas récupéré les affaires, il nous faudra revenir une prochaine fois. Mais l’essentiel est fait. Et ce de justesse. La morale de cette histoire, c’est un éloge d’une attitude proactive. En effet, si j’étais seul, point d’objectifs n’aurait été atteint. Je ne sais pas d’où vient une nature passive, et d’où vient la force d’être proactif. Est-ce lié à une empathie, face à un personnel prêt à rentrer chez eux ? À une assimilation de normes et de codes ? Le fait, de ne pas avoir assez de volonté dans certaines circonstances ? Vous voilà averti, l’éloquence est comme une clef capable d’ouvrir des coffres, la clef c’était 972 et sa verve.