« Une affirmation extraordinaire nécessite une preuve plus qu’ordinaire. »

Décortiquons cette rhétorique.

Bon voilà la citation qui m’a fait réagir: »Une affirmation extraordinaire demande des preuves extraordinaires. » Cette simple phrase me pose question, et c’est sur quoi, je vais tenter un humble développement.

  • 1)En quel sens, une preuve extraordinaire nécessite une preuve plus qu’ordinaire (ou « extraordinaire » selon les versions) ? Ne peut-on pas avoir une série de preuves ordinaires qui permettent de corroborer une affirmation extraordinaire ?Il y a ici une égalité qui s’effectue entre les affirmations et les preuves.En d’autres termes, doit-on avoir une égalité entre ces deux termes : affirmation et preuve ?
  • 2) .Notons aussi l’ ambiguïté du terme extraordinaire. En effet, dès le départ, il y a un biais: comment distinguer l’ordinaire de l’extra-ordinaire? Ce qui est extraordinaire pour l’un peut être piteusement ordinaire pour l’autre. Et vice-versa.

Qu’est-ce à dire ? Avec une telle citation on se retrouve avec un raisonnement qui semble logique. En effet, si nous prétendons « A » nous devons avoir en retour « B ». Autrement dit si nous lançons des affirmations extraordinaires, la moindre des choses serait de donner des preuves tout aussi solides !L’idée, c’est qu’une forme s’impose quel qu’en soit la matière. Et, s’il vous venait l’idée de bricoler des preuves avec des éléments n’ayant pas le même poids, on aurait raison de suspecter une entourloupe. D’autant plus que les opérations pour arriver à la conclusion ne seraient probablement pas rigoureuses.En dehors de cela, nous avons un raisonnement simple et efficace. Comme la plupart des outils que la zététique utilise : rasoir d’Ockham, homme de paille, etc. Cette simplicité liée à une efficacité est implacable pour déceler le faux du vrai dans la plupart des affaires traitées. Néanmoins, elle fait l’impasse d’un certain nombre d’étapes, de rigueur, de doute, de questionnement et d’argumentation . Cela parfois et souvent a leur réussite, mais il y a aussi le revers de cette facilité, celui de clôturer trop diligemment les intrigues. Nous devons constater que ce type de formulation à un usage varié. Elle peut être utilisée pour parler des OVNI , comme pour parler des esprits en passant par les complots et autres théories loufoques. C’est une phrase intéressante par sa capacité d’adaptation par rapport à différents contextes.Autrement dit, nous évoquons là son « opérationnalité » (à savoir sa capacité à répondre de façon économe et non ambiguë.)Celui qui emploie cette phrase, utilise en réalité un outil conceptuel en vue de finalité. Cependant,celui qui en est l’utilisateur est amené à compléter plus ou moins et à caractériser son usage. Nous devons aussi évoquer son utilisation. L’utilisateur en diffusant cette expression formelle, en fait la promotion. En ce sens, on peut dire qu’il y a une rhétorique à ce genre de formulation. Une rhétorique car ce genre de formulation entre en contradiction avec l’expérience immédiate. Nous devons bien reconnaître, à ce propos que c’est par ce qu’il y a une opérationnalité forte (pour résoudre expressément les sujets du paranormal) et une communication efficace ; (c’est-à-dire sa capacité à atteindre le public) ;que nous devons prendre acte de sa capacité à rendre intelligible une connaissance donnée. En l’occurrence un condensé de zététique. En ce sens, on peut dire que c’est une vulgarisation de quelques choses de plus profonde, ou du moins c’est ce que l’illusion du discours en donne.

Qu’est-ce à dire?

La première chose à dire et que ce type de raisonnement se borne à énoncer une vérité formelle. Alors que le problème est d’ordre matériel. Qu’est-ce qui est « vrai » dans la réalité ? Nous ne pouvons évidemment pas y répondre avec un raisonnement si généraliste.Ou du moins avec une formalisation aussi vague. Il est difficile distinguer les purs effets rhétoriques des raisonnements scientifiques (je vous l’accorde), mais là en l’occurrence, il n’y a pas de doute, nous avons une rhétorique en puissance.Qui prend l’habit logique pour lui donner de la prestance.

Comme le dit si bien Kant : « le critère simplement logique de la vérité, à savoir l’accord de la connaissance avec les lois universelles et formelles de l’entendement et de la raison, et donc bien la condition sine qua non et par conséquent négative de toute vérité, mais la logique ne saurait aller plus loin. »

On ne peut pas à la fois rendre compte d’une abstraction logique et de sa non-abstraction, c’est-à-dire de son objet. Pour le dire tout autrement, cette rhétorique rentre en opposition avec un « ancrage expérimental »… La meilleure façon d’interroger ce genre de pratiques rhétoriques, n’est-elle pas de partir du terrain, de l’expérience, de ce qui se produit in vivo dans nos sociétés ?La deuxième chose, c’est que les prémisses même de cette phrase sont sujet à caution. Pourquoi, doit-on avoir cette égalité avec les affirmations et les preuves ? Rien ne nous interdit de cumuler un ensemble de preuves ordinaires pour corroborer l’affirmation. Par ailleurs,notons que quand Aristote formulé des syllogismes (cf, raisonnement logique) du type : Tous les corbeaux sont des mammifères or les mammifères ont des ailes donc les corbeaux ont des ailes. Ce syllogisme est valide, la conclusion est vraie, mais les deux prémisses sont fausses.On s’aperçoit avec ce genre de syllogisme que la validité ou la cohérence du raisonnement ne suffise pas pour déterminer une vérité. N’a-t-on pas quelque chose du même ordre avec : « Une affirmation extraordinaire nécessite une preuve plus qu’ordinaire. ».Enfin nous pouvons « retourner » cette affirmation par l’absurde :Des faits moches doivent avoir des preuves moches?Enfin pour finir, je ne trouve pas que ce soit profond d’utiliser une telle expression (et j’espère ne pas être le seul). Il me semble, que c’est un pur réduit rhétorique. Il y a même une tendance à un certain relativisme qui risque à tout moment de dénaturer des propos.

Croyance et zététique.

« la langue française ne permet pas de faire la distinction entre la croyance comme acte de foi (faith) et la croyance de type adhésion (belief). Le recouvrement des deux acceptions du même terme crée ce que les zététiciens appellent un effet paillasson. Pour sortir de ce glissement sémantique, nous avons proposé la notion de remport d’adhésion, qui se rapproche de la définition anglo-saxonne de rationnal belief, c’est-à-dire d’une croyance produite par une démarche d’énonciation de vérité susceptible d’être infléchie par le raisonnement ou l’expérience. »
« A eux de voir) les choix moraux personnels des interlocuteurs/étudiants — et ne pas soulever de réactions « épidermiques » pouvant interférer avec notre enseignement – « 
Je tenais à reprendre cette « erreur » volontairement pratiquée par la doctrine zététique.À savoir la formulation qui consiste à sous-tendre que le scientifique n’a pas un savoir lié à une croyance. Comme nous le verrons (et pas d’une manière tranchée) ce refus du terme croyance pour la science est discutable. Seulement vouloir affirmer que la science s’en détache radicalement c’est bien évidemment faux, et c’est un glissement théorique qui facilite aux zététiciens des discussions sensibles et cette tendance permet d’endoctriner des étudiants/interlocuteurs dans un moule plus ou moins proche d’un scientisme.
Rappelons la théorie de Bayes qui souligne l’absence d’une dichotomie entre ce que l’on croit et ce que l’on ne croit pas. Et qui propose de voir la croyance en degrés de croyance du moins probable au plus probable. Croyance = degré de probabilité. De plus, ces informations sur le monde ne sont pas figées, et nos représentations du monde peuvent changer.
Autrement dit entre les sciences et les Para-sciences la différence se joue en matière de degré de probabilité. Rien que cette « LOI » vient contredire la séparation stricte de Richard Monvoisin.
Mais continuons:
Dans la citation ci-dessus, Richard fait une opposition discrète entre l’expérience/raisonnement et (structures) théorique de la croyance. Il me semble bon de revenir sur cette dualité en posant le problème différemment: La théorie scientifique est-elle une invention (ou une découverte)? (voir google pour ce sujet de philosophie)
À cette dissertation la conclusion serait qu’une théorie scientifique est toujours une invention mais qui se confronte aux faits observés.( Aussi, elle peut être une découverte (ex: l’héliocentrisme))
C’est une invention car :
1 On place une hypothèse a priori, et les expérimentations sont construites pour vérifier l’hypothèse
2 les mathématiques sont des vérités abstraites conçues par l’esprit humain
3 L’interprétation est nécessaire en sciences humaines.
La malice de Richard est de se positionner sur les conséquences. C’est à dire du résultat des sciences et non sur un postulat de départ. Autrement dit, c’est hypothèse versus conclusions. Où de la confrontation des « vérités » scientifique établies contre une hypothèse en para-science en quête de vérification.
Continuons sur un dernier point: est-ce que l’expérience scientifique nous apporte l’ultime certitude et nous donne une connaissance définitive?
Einstein à ce propos disait: « une somme d’expériences ne peut jamais prouver que j’ai raison; une seule expérience peut, n’importe quand, me prouver que je me suis trompé »
Pour prendre qu’un seul exemple (afin de ne pas être trop long) avec la théorie Newtonienne de la gravitation qui avait conduit à la découverte de Neptune, elle aurait dû, de fait, conduire à la découverte de pluton mais elle a échoué à rendre compte des anomalies du périhélie de mercure… Autrement dit il y a une caducité des théories scientifiques qui ont une durée temporaire de leur règne. À voir par exemple la réfutabilité de Popper (que les zet aiment bien le citer).
Il est vrai ceci dit que la science expérimentale pourchasse l’anthropomorphisme sous toutes ses formes. Et qu’il n’y a pas réellement une relativité entre les diverses connaissances scientifiques et anthropomorphiques. Cependant, le cerveau ne range pas délicatement les informations dans une partie dédiée aux savoirs vraisemblable ou improbable.
Conclusions: La science repose aussi sur une croyance au moins au départ!
Cependant, il est vrai qu’ensuite, le savoir scientifique n’est pas égal à l’opinion

Bibliographie:

Le Monde philosophie « Réviser son bac avec Le Monde »
et Flash louis-Marie Morfaux
web: https://cortecs.org/materiel/le-dou…